Magazine sur la vie en Israël

„L’économie israélienne n’est pas un navire au long cours mais une vedette rapide“

dans Entre les Lignes/Rapport mensuel

 Le Président de la Chambre du Commerce et de l‘Industrie Israël-Allemagne, Grisha Alroi-Arloser, évoque avec Katharina Höftmann les points forts et les défis de l’économie israélienne.

Investissements élevés dans la recherche et le développement (R&D), très nombreux brevets, start-ups, Prix Nobel : au fil des ans, Israël est devenu l’un des pays les plus novateurs au monde. De la nation agricole à visées socialistes de ses débuts, Israël s’est transformé en un temps record en un Etat industriel compétitif, diversifié, avec une économie de marché florissante.

Le manque de matières premières et la pénurie d’eau ont contraint les Israéliens à faire faire preuve d’imagination. Les secteurs nécessitant des recherches de pointe, comme le high-tech, en témoignent. Parmi les pays membres de l’OCDE, Israël est celui qui compte l’un des taux d’investissement les plus élevés en pourcentage du PIB dans la recherche et le développement (4,8 % en 2010). L’augmentation du PIB est également l’une des plus fortes (5,3 % en 2010). Le chiffre d’affaires réalisé par les start-ups israéliennes avec des clients étrangers est passé de 218 millions de dollars américains en 2003 à plus de 1 400 millions fin 2009. La crise économique de 2008/2009 n’a pas inversé la tendance. L’économie israélienne connaît une croissance robuste.

Groupe Israël-Suisse (GIS) : Monsieur, Israël est un pays jeune et pourtant, en particulier comparé à ses voisins, ses succès économiques sont impressionnants. Quel est son secret  ?

Grisha Alroi-Arloser (Alroi-Arloser) : L’absence de pétrole. De nombreux pays du Proche-Orient se sont reposés sur leurs gisements de pétrole et n’ont pas cherché d’autres débouchés. Israël, en revanche, a dû se développer indépendamment de toute matière première. Le pays est européanisé et son industrie s’oriente également sur des valeurs européennes. Mais le plus important ce sont les Hommes, leur formation et leur esprit d’entreprise qui est pratiquement inscrit dans leurs gènes.

GIS : Selon de nombreuses théories, le succès économique du pays s’explique par le service militaire obligatoire pour tous les citoyens.

Alroi-Arloser : C’est certainement un argument valable. L’armée joue un rôle important sur plusieurs niveaux. Premièrement en tant que formateur aux technologies. Deuxièmement en tant que demandeur de technologies.

Troisièmement, il est de fait que les jeunes Israéliens entre 18 et 21 ans doivent assumer des responsabilités qui incombent généralement à des quadragénaires qualifiés en Allemagne et dans le reste de l’Europe. Nous parlons ici de responsabilités sur le plan technologique et, bien sûr, aussi sur le plan humain.

„Nous devons essayer de faire profiter l’ensemble de la société israélienne du succès économique“

GIS : Israël est un pays d’immigrants avec une population très hétérogène, ce qui est évidemment une chance. D’un autre côté, nous voyons ici qu’une certaine partie de la société israélienne, et je pense plus précisément aux juifs orthodoxes et aux Arabes israéliens, est moins bien intégrée dans l’économie. La diversité recèle-t-elle également des risques ?

Alroi-Arloser : Vous parlez ici à raison de lignes de cassure dans la société israélienne. Il est de fait que les bons résultats de l’économie israélienne ne bénéficient pas de manière égale à toutes les couches de population. Elle profite davantage au centre du pays qu’à sa périphérie, davantage aux ashkenazes qu’aux séfarades, elle privilégie les laïcs plutôt que les orthodoxes et les Juifs plutôt que les Arabes, ce qui a des répercussions socio-économiques évidentes. La question est de savoir comment l’économie d’un petit pays peut supporter durablement la part moins productive de la population qui, en termes de démographie, croît plus rapidement que la part active et productive. Ceci explique les efforts répétés pour intégrer ces populations en essayant d’amener les femmes orthodoxes et en partie aussi les hommes sur le marché du travail et il faudra en faire de même avec les Arabes. Une fois ce pas franchi, ces groupes auront forcément moins d’enfants et la pyramide de la population israélienne, la répartition démographique, se stabiliseront.

GIS : Israël a extrêmement bien surmonté la crise économique de 2008/2009. Les marchés financiers sont de nouveau très agités et la stabilité de l’euro est menacée. Comment l’économie israélienne réagit-elle face à ces défis ?

Alroi-Arloser : On ne peut évidemment pas détacher Israël du contexte économique international, et une récession mondiale produirait également ses effets sur l’économie israélienne. Les exportations sont une part très importante du succès économique. Toutefois, le pays a très bien surmonté la dernière crise grâce à l’efficacité de ses organes de surveillance des banques, qui s’explique par les leçons tirées de la grande crise bancaire des années 80. La Banque Centrale d’Israël sous la houlette de Stanley Fischer a une politique très restrictive. Israël pratique une politique des taux d’intérêts neutre, indépendante de toute considération et influence politiques. Par ailleurs, les banques israéliennes étaient beaucoup moins engagées dans les investissements à haut risque que les Etats-Unis et l’Europe. Il n’a pas été nécessaire ici de protéger ou de recapitaliser avec l’argent du contribuable la moindre banque. De plus, Israël s’est spécialisé dans les niches et celles-ci continuent à bien fonctionner. Cela ne veut toutefois pas dire que les choses resteront forcément en l’état, mais notre principal avantage est que même si nous nous trouvions rapidement face à une crise nous pourrions tout aussi rapidement en sortir. Nous ne sommes pas un paquebot au long cours mais plutôt une vedette rapide.

„Nous allons atteindre en 2011 le niveau record de 2008 – On ne peut donc guère parler d’isolation“

GIS : Actuellement, tous les media se font l’écho de l’isolation croissante d’Israël, notamment en évoquant la dégradation des relations avec la Turquie et l’Egypte et les relations parfois houleuses avec les Etats-Unis et l’Allemagne. Cette soi-disant isolation a-t-elle un effet réel sur les relations économiques et, par voie de conséquence, sur le développement économique d’Israël ?

Alroi-Arloser : Pour l’instant, nous ne pouvons constater la moindre influence sur les relations économiques. Certes, nous enregistrons ça et là des appels au boycott, en particulier dans les pays européens. Il faut évidemment les écouter, rester vigilants et les contrer. L’un des problèmes que j’observe, notamment dans les relations avec l’Allemagne, est la question des investissements dans des projets au-delà de la ligne verte. Ceci a été flagrant l’année dernière avec différents désistements côté allemand. Cependant, en ce qui concerne les relations économiques avec l’Allemagne et les relations économiques dans le secteur privé, je n’ai pas constaté de recul, au contraire. Nous avons égalé en 2011 l’année record de 2008 avec un volume d’échange de 6 milliards de dollars US. On ne peut donc pas parler d’isolation ou de retrait.

Grisha Alroi-Arloser dirige la Chambre du Commerce et de l‘Industrie israélo-allemande, il occupe le poste de Directeur de l’Association Economique germano-israélienne (Deutsch-Israelische Wirtschaftsvereinigunge.V.) de Munich et est le Président du Groupe Israël-Allemagne.

Grisha Alroi-Arloser, né en 1956 dans l’ancienne URSS, a la double nationalité allemande et israélienne. Après des études de sociologie, d’anthropologie et de psychologie à l’Université de Tel-Aviv, il a d’abord travaillé au Ministère israélien des Affaires Etrangères. Il a ensuite dirigé le service d’information international de la Histadrout (confédération des syndicats israéliens) et a travaillé comme conseiller pour les questions socio-professionnelles à l’Ambassade israélienne à Bonn. Il a étudié parallèlement à l’école supérieure du tourisme et à l’école supérieure d’administration de Tel-Aviv. En 1995, il a été nommé conseiller spécial de la Chambre israélienne du Commerce et de l‘Industrie pour les contacts industriels avec l’Allemagne. Depuis 2008, Grisha Alroi-Arloser dirige la Chambre du Commerce et de l‘Industrie Israël-Allemagne. Il vit avec sa famille à Tel-Aviv.

GIS : Plus de 6 000 sociétés allemandes entretiennent actuellement des contacts avec des firmes israéliennes et plus de 30 entreprises israéliennes ont des succursales en Allemagne. En 2010, l’Allemagne venait au troisième rang des partenaires commerciaux d’Israël, derrière les Etats-Unis et la Chine. En quoi les relations commerciales entre Israël et l’Allemagne se distinguent-elles des relations commerciales avec d’autres pays ?

Alroi-Arloser : Hormis le fait qu’elles sont très intensives, je ne pense pas que ces relations présentent de particularités, étant précisé que, si on regarde les chiffres du point de vue israélien, le commerce entre les deux Etats est moins important qu’il ne le fut. L’Allemagne est passée du deuxième au troisième rang des principaux partenaires commerciaux, et elle est en passe de reculer encore d’un cran derrière l’Inde. Les Etats-Unis restent de toute façon le principal partenaire commercial d’Israël, loin devant l’Allemagne. Toutefois, le volume des échanges est quant à lui resté stable, il aurait même tendance à augmenter, seul le rang a changé.

GIS : A quoi cela est-il dû ?

Alroi-Arloser : Cela est dû au fait que l’économie israélienne agit de manière globale. Elle a découvert les marchés du sud-est asiatique pour l’import et cela lui convient bien. Mais il existe évidemment des secteurs, comme la construction de machines, où l’Allemagne représente dix à onze pour cent de toutes les importations israéliennes. Dans d’autres secteurs, le chiffre est passé de huit à cinq pour cent et moins. Il n’en reste pas moins que sur le plan économique Israël doit beaucoup à l’Allemagne. L’accord de Luxembourg avec la République fédérale d’Allemagne a pour ainsi dire donné le coup d’envoi à l’économie israélienne. Israël est dans beaucoup de domaines redevable aux produits et au savoir-faire allemands pour la modernisation et le développement de son industrie. Il est indubitable que la République fédérale a joué un rôle capital: son soutien a aidé au démarrage de l’économie israélienne.

„Israël est considéré par l’économie allemande comme un foyer de crise“

GIS : Vous organisez également des rendez-vous d’affaire entre Israéliens et Allemands. Constatez-vous parfois une gêne ?

Alroi-Arloser : Côté allemand il arrive parfois qu’il existe une certaine gêne avant la première rencontre, chez des gens qui se rendent pour la première fois en Israël afin de discuter avec des partenaires, des clients ou des fournisseurs potentiels. Ils ne savent pas toujours exactement à quoi s’attendre. Toutefois, les Israéliens sont remarquablement ouverts et aimables envers les Allemands, ce qui  surprend souvent ces derniers. Cela ne veut pas dire que les Israéliens font l’impasse sur le passé mais simplement qu’ils savent que les jeunes générations n’ent sont pas responsables. Le „passé“, si tant est que ce sujet soit abordé, n’est pas discuté avant la deuxième ou la troisième rencontre.

GIS : Actuellement, c’est surtout l’Allemagne qui est importante pour Israël en tant que troisième partenaire commercial. De quelle manière l’Allemagne et plus exactement les firmes allemandes pourraient-elles profiter davantage d’une coopération avec Israël ?

Alroi-Arloser : Précisons tout d’abord qu’Israël a, pour l’Allemagne, la même importance que de nombreux autres pays. Il faut savoir que l’Allemagne est tout simplement championne du monde en termes d’exportation. Nous occupons la place 42 ou 43, ce qui est tout à fait normal et on ne peut guère s’attendre à autre chose. Mais si nous regardons le Proche-Orient, du Maroc à l’Iran, nous voyons qu’Israël occupe une place significative. Dans cette région, Israël est un important partenaire de l’Allemagne, ce qui signifie que le commerce avec Israël, parallèlement aux nombreuses autres coopérations commerciales mondiales, garantit des emplois en Allemagne. Les investissements en Israël ne sont pas très importants, le pays étant considéré comme un foyer de crise. L’Allemagne investit dans le savoir-faire israélien mais les gros investissements comme ceux de Siemens ou, en son temps, ceux de Volkswagen, sont rares. Côté israélien, en revanche, les investissements sont très élevés ce qui est important pour l’Allemagne. De nombreuses sociétés israéliennes se sont implantées en Allemagne d’où elles traitent leurs affaires avec l’Europe, s’engageant dans les domaines les plus divers, de l’hôtellerie à l’immobilier en passant par la haute technologie et l’industrie chimique. Cependant, l’avantage capital pour l’Allemagne est sa coopération avec Israël dans la recherche et le développement où les collaborations sont très nombreuses avec les universités et les instituts de recherche appliquée comme l’Institut Fraunhofer, l’Institut Max-Planck et l’Institut Leibnitz. L’Allemagne a découvert depuis longtemps Israël comme partenaire dans la nanotechnologie, la sécurité, l’énergie, l’eau et la technique médicale.

Autres informations :

Article sur l’économie israélienne, ministère allemand des affaires étrangères
http://www.auswaertiges-amt.de/DE/Aussenpolitik/Laender/Laenderinfos/Israel/Wirtschaft_node.html

Informations sur les relations économiques entre Israël et l’Allemagne
http://bmwi.de/BMWi/Navigation/Aussenwirtschaft/Bilaterale-Wirtschaftsbeziehungen/laenderinformationen,did=277816.html

Informations sur les start-ups israéliennes (en anglais), site „Start-up Nation“
http://www.startupnationbook.com/

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