Magazine sur la vie en Israël

Hommage à un héros : Carl Lutz

dans Entre les Lignes/La Suisse en Israël/Rapport mensuel

En Suisse, Carl Lutz est souvent considéré comme un héros oublié. Israël, en revanche, lui a décerné dès 1964 le titre de Juste parmi les nations et un mémorial vient de lui être consacré au-dessus du lac de Tibériade.

Au-dessus du lac de Tibériade, là où Israël ressemble un peu à la Suisse, la vue est tout simplement splendide. C’est là que se trouve le mémorial dédié à un homme appelé en Suisse, comme dans un documentaire homonyme réalisé pour la télévision « le héros oublié ». Carl Lutz, le premier Suisse auquel Yad Vashem ait décerné le titre de Juste parmi les nations, n’a jamais été ignoré en Israël et la plaque sur laquelle sont gravés les mots « Sa force morale nous est un exemple à tous » est un autre hommage rendu à ses extraordinaires mérites.

Grâce aux lettres de protection que Carl Lutz rédigea en tant que vice-consul de l’ambassade de Suisse à Budapest, il put sauver des chambres à gaz près de la moitié des Juifs de Budapest, soit 62 000 Juifs en parlementant à plusieurs reprises avec Adolf Eichmann. Le diplomate se référa également au fait qu’il représentait les intérêts britanniques et qu’il était à ce titre habilité à établir pour près de 8 000 Juifs des certificats d’émigration en Palestine. Si les nazis ont laissé faire, c’est grâce aux bonnes relations que Carl Lutz avait bâties avec les Allemands et aux services rendus à Berlin quand il était en poste en Palestine.

Carl Lutz a donné le titre de « Six années inoubliables en Palestine » à ses archives personnelles consacrées à son séjour en Terre Sainte où il prit ses fonctions au consulat de Jaffa au milieu des années 30. Les photos fascinantes et truffées de commentaires relatifs à son action dans l’ancienne Palestine que ce passionné de photographies a prises durant ces années sont exposées à Yad Vashem sous le titre « Le sauveur et sa caméra ». Pendant cette période, Carl Lutz assista entre autres des prisonniers de guerre allemands et fit son possible pour améliorer leurs conditions de détention. Grâce à l’aide qu’il leur apporta, il se trouva plus tard dans une position favorable pour négocier avec les nazis. Et pour peu qu’on se penche plus avant sur la biographie de ce méthodiste profondément croyant, on comprend très vite que pour lui sauver les Juifs était un impératif moral absolu.

Photographie de Carl Lutz : banque de la Société des templiers à Jaffa avec le drapeau à croix gammée
Photographie de Carl Lutz : banque de la Société des templiers à Jaffa avec le drapeau à croix gammée

Pour sauver les Juifs, Carl Lutz a risqué sa vie car il a très largement dépassé les quotas qui lui était attribués et, en louant la salle d’exposition inoccupée d’une fabrique de verre (connue sous le nom de maison de verre) et en y installant une annexe de la légation suisse, il a également offert aux Juifs une protection physique. Pourtant, Carl Lutz jeune était si timide qu’il n’a pu suivre la formation de pasteur dont il rêvait.

Une question de conscience

Pour Carl Lutz, les décisions prises pendant la seconde guerre mondiale étaient une question de conscience. Cet homme, qui mettait la vie au-dessus des règlements et des lois, n’était pas a priori de l’étoffe des héros mais face au mal et à la terreur il fit ce qu’il estimait juste en tant qu’homme et en tant que croyant.

Après la guerre, il reçut un blâme pour avoir outrepassé ses compétences et il ne fut réhabilité qu’en 1995, après sa mort. En Israël en revanche, son action a été reconnue et honorée très tôt. En Allemagne, également, il a reçu la Grande croix du mérite. Pour sa fille adoptive, Agnes Hirschi, la fille d’une juive hongroise à qui Carl Lutz sauva la vie en l’engageant comme dame de maison et qu’il épousa après la guerre, rendre hommage à Carl Lutz est devenu en quelque sorte la mission de sa vie.

Carl Lutz en 1944 (FORTEPAN / ARCHIVES POUR L’HISTOIRE CONTEMPORAINE ETH ZURICH / AGNES HIRSCHI)
Carl Lutz en 1944 (FORTEPAN / ARCHIVES POUR L’HISTOIRE CONTEMPORAINE ETH ZURICH / AGNES HIRSCHI)

« Je suis particulièrement heureuse de voir ici autant de personnes qui ont survécu grâce à mon père » a déclaré Agnes Hirschi lors de l’inauguration du mémorial. « Je ne crois pas avoir jamais vu autant de survivants en un même lieu, cela signifie quelque chose de très spécial pour moi ». Au-dessus du lac de Tibériade où Jésus guérissait les malades et les mourants tous fêtent et honorent ensemble un homme exceptionnel et il est certain que Carl Lutz plus que tout autre aurait apprécié la vue magnifique du lieu qui lui rend hommage.

 Madame Agnes Hirschi et Monsieur le Dr Arthur Braunschweig de la loge Augustin-Keller de Zurich (Bnai Brith) (photo : Jacques Korolnyk)

Madame Agnes Hirschi et Monsieur le Dr Arthur Braunschweig de la loge Augustin-Keller de Zurich (Bnai Brith) (photo : Jacques Korolnyk

L’initiative pour la place et la plaque commémoratives émane de la loge Augustin-Keller de Zurich qui a réalisé ce projet en coopération avec les loges suisses du Bnai Brith, le Fonds national juif (KKL) en Suisse et la municipalité de Tibériade ainsi que l’ambassade de Suisse en Israël.

Visiteurs au Carl Lutz Memorial Square avec une vue sur la mer de Galilée (Photo : Michael Huri, Kkl)
Visiteurs au Carl Lutz Memorial Square avec une vue sur la mer de Galilée (Photo : Michael Huri, Kkl)

Vidéo avec impressions de la cérémonie (réalisée par Ralph Steigrad)

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