Le bénévolat en Israël permet de faire le plein d’énergie dans sa vie personnelle et de rendre un peu aux autres ce qu’on a reçu

dans Entre les Lignes

On trouve en Israël de très nombreuses personnes impliquées dans le bénévolat – soit de manière temporaire en tant que visiteurs, soit de manière permanente en tant que citoyens. Dans les hôpitaux, les bibliothèques ou dans le cadre de projets spécifiques, une large part du quotidien repose sur le bénévolat. Les raisons poussant les jeunes et les moins jeunes à s’engager dans cette voie sont multiples. Nous avons rencontré plusieurs volontaires qui ont bien voulu nous parler de leur activité.

Par Katharina Höftmann

„Je suis venu directement en Israël après le baccalauréat et j’y effectue mon service civil que je voulais faire hors d’Allemagne. Des pays comme l’Australie ne me paraissaient pas assez excitants. Je souhaitais me frotter à une autre culture“ nous explique Clemens Kirsch, un jeune Allemand de 20 ans qui se trouve depuis six mois en Israël. Le pays ne lui est pas entièrement inconnu car il y était déjà venu deux fois dans le cadre d’un programme d’échange scolaire.

Raphaela Öner est là un peu pour les mêmes raisons. L’année dernière, elle est venue en Terre Sainte pour la première fois afin d’y rencontrer des amis israéliens. Cette jeune femme germano-turque de 25 ans a terminé il y a peu à Aix-la-Chapelle ses études d’enseignante. Elle travaille avec Clemens Kirsch comme volontaire au „Reuth Medical Center“ de Tel-Aviv. „J’ai ‚bûché’ dur pendant mes études en Allemagne et ici je peux enfin me relaxer un peu. Je fais l’apprentissage de la vraie liberté. Je dois toutefois préciser que lorsque nous devons amener les patients à leur rendez-vous à l’hôpital, nous avons parfois du mal à leur faire comprendre ce qu’est la ponctualité allemande“ nous déclare Öner en souriant.

„Dans la religion juive, aider les autres est un commandement“

D’après les estimations de l’ambassade d’Allemagne, plusieurs centaines d’Allemands travaillent comme bénévoles en Israël. Le site Internet „Evangelisch in Jerusalem“ estime leur nombre à environ 650. Mais on trouve également des volontaires d’autres pays, notamment en provenance des Etats-Unis (l’ambassade ne dispose malheureusement pas de chiffres sur le sujet). Parallèlement, des milliers d’Israéliens participent bénévolement à différents projets.

L’une de ces bénévoles est Irith Langer. Cette sexagénaire qui a émigré de Suisse en Israël il y a sept ans vit maintenant dans la station balnéaire de Netanya. Pour cette professeure de fitness et enseignante de la technique Alexander (il s’agit d’une méthode de thérapie corporelle), le volontariat est une évidence qui puise sa source dans la foi juive. „C’est une tradition juive d’aider ceux qui en ont besoin. Nous parlons de Mitsva (commandement). Les dons ou Tsedaka sont très importants. Il faut faire le bien, être juste, c’est capital pour mener une vie honorable, et ce postulat est considéré comme normal par beaucoup„. Irith Langer nous raconte que de nombreux retraités qui ont fait leur alyah s’engagent dans le volontariat par fidélité à leur idéal de toujours. „Sionistes dans l’âme, ils aiment Israël et veulent donner quelque chose au pays“.

Différentes organisations soutiennent le travail des bénévoles

Irith Langer collabore depuis quelques années avec l’organisation „Esra“. „Je travaille avec des Ethiopiennes entre 30 et 40 ans qui, pour la plupart, sont femmes de ménage ou jardinières d’enfants, ce qui est très fatigant physiquement. Une fois par semaine, pendant une heure, je leur donne un cours gratuit et leur montre comment mieux utiliser leur corps“. La salle de cours est mise à disposition par „Esra“.

Fondée en 1979 en Israël, cette organisation facilite l’intégration des immigrants de langue anglaise. Elle les encourage à devenir des „membres utiles“ de la société israélienne en aidant sur place les démunis. L’organisation a déjà été récompensée pour son travail par le „National Council for Volunteering in Israel“ (CVI) qui est la plus grande association bénévole d’Israël. Cette société à but non lucratif coopère avec d’innombrables autres associations organisant le bénévolat et est assistée financièrement, entre autres, par l’“Agence Juive“, le ministère des Affaires sociales et des entreprises comme „Microsoft“ et „Intel“.

Les volontaires étrangers privilégient les kibboutzim

Les membres du CIV remplissent une tâche très importante en harmonisant le travail des multiples organisations bénévoles existant en Israël. D’après le gouvernement israélien, quelque 20 % des adultes occupent une fonction honorifique dans plus de 278 entités : hôpitaux, services de secours, kibboutzim, services sociaux et associations de protection de l’environnement. A noter que depuis toujours les kibboutzim sont privilégiés par les volontaires. Selon les informations du Département pour le travail bénévole du mouvement kibboutznik, 300 volontaires en provenance du monde entier dont 4 venant de Suisse et 50 d’Allemagne sont actuellement engagés dans 25 kibboutzim.

Le gouvernement israélien s’est très bien habitué aux volontaires allemands qui, lorsque le service militaire était obligatoire en Allemagne, effectuaient souvent leur service civil en Israël. Ils sont maintenant moins nombreux. Il n’en reste pas moins que, selon les informations du gouvernement, de jeunes Allemands continuent à se rendre en Israël „pour expier les crimes du régime nazi contre le peuple juif“. Il s’agit d’un concept initié par l’organisation „Aktion Sühnezeichen Friedensdienste“ (ASF) qui envoie chaque année quelque25 volontaires en Israël.

La plupart des jeunes Allemands ne veulent pas faire pénitence mais donner quelque chose

A noter que de moins en moins de jeunes Allemands adhèrent à ce concept. „Tous ces discours sur la nécessité de faire pénitence !  Qu’avons-nous fait que nous devons expier ? Je ne suis pas venu ici à cause de l’holocauste“ précise Clemens Kirsch. Et sa collègue Raphaela ajoute : „Nous ne sommes pas ici parce que nous nous sentons coupables. Je veux dire, ce n’est plus notre histoire, c’était une autre génération“. Elle ne s’en réjouit pas moins de voir qu’à travers elle certains Israéliens ont une autre vision des Allemands. „L’un de mes patients m’a raconté qu’il hait les Allemands parce que la majeure partie de sa famille a péri dans les camps. Mais il m’a dit également que grâce à nous il commençait à voir les Allemands un peu différemment. Nous sommes là pour aider et pour donner quelque chose, et c’est très gratifiant“ précise Raphaela.

„Donner quelque chose“, c’est également ce que souhaite Irith Langer. Elle raconte qu’au début ses élèves regardaient obstinément le sol et ne croisaient jamais son regard, car telle est leur culture, même si elles savent que les choses sont différentes en Israël. Après quelques semaines, elle a remarqué que soudain plus aucune de ces femmes ne baissait les yeux. Pour Irith Langer, travailler comme bénévole veut aussi dire recevoir quelque chose en retour. „Mon travail m’a permis de me familiariser avec une culture à laquelle je n’aurais jamais eu accès autrement. Etre avec ces femmes me dynamise dans ma propre vie. Nous entretenons une relation exceptionnellement chaleureuse et amicale“. Forte de son expérience, Irith Langer a toujours poussé ses trois fils à s’engager dans le bénévolat.

Le bénévolat est surtout assuré en Israël par les jeunes et les seniors

L’éducation au bénévolat est très importante car, même si les chiffres israéliens sont très corrects au niveau international – en Suisse, d’après les statistiques de 2010, près de 20 % de la population travaillent comme bénévoles et en Allemagne près de 36 %  (chiffres de 2009) –  en Israël ce sont surtout les très jeunes et les seniors qui font du bénévolat. Ceci s’explique en grande partie par le fait que les horaires de travail y sont très longs et les congés courts (en moyenne entre 10 et 15 jours).

Le pays est donc d’autant plus reconnaissant aux volontaires étrangers. „Quand je mentionne que je travaille ici, on me félicite. Les Israéliens nous sont très reconnaissants de ce que nous faisons“ expliquent Raphaela Öner et Clemens Kirsch. Et pour eux aussi, le séjour est très enrichissant. „Israël me sera toujours important. Le pays représente beaucoup pour moi“ nous dit Raphaela. Et Clemens ajoute : „Je suis sûr que je reviendrai. Je ne peux pas m’imaginer être ailleurs. Dans un autre pays, les choses auraient été forcément différentes. Le pays m’a changé. Israël marque chacun de son empreinte. Parfois, je trouve même cela un peu effrayant“.

Autres informations :

Lien avec le site Internet du Reuth Medical Center (en anglais)
http://www.reuth.org/index.asp?id=1092

Article sur le travail d’Irith Langer (en anglais), Magazine Esra,
http://www.esra-magazine.com/blog/post/body-in-balance

Site Internet d’Irith Langer (en anglais)
http://www.irithlanger.com/

Site Internet du National Council for Volunteering in Israel (en anglais)
http://www.ivolunteer.org.il/

Site Internet du Département pour le travail bénévole du mouvement kibboutznik (en anglais)
www.kibbutzvolunteers.org.il

Informations sur le travail bénévole en Israël (en anglais); site Internet du gouvernement israélien
http://www.mfa.gov.il/MFA/Facts+About+Israel/Health+-+Social+Services/SOCIAL+SERVICES-+Voluntarism.htm

Statistiques concernant le travail bénévole en Suisse, office fédéral des statistiques
http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/de/index/themen/20/04/blank/key/freiwilligen-arbeit/ueberblick.html

Statistiques concernant le travail bénévole en Allemagne, note sur l’enquête relative au bénévolat sur Wikipedia
http://de.wikipedia.org/wiki/Freiwilligensurvey

Tags: